Ce n°78 des nouvelles de Survival consacre un grand dossier aux Bushmen du Botswana, mais malgré cela il suit de prés l'actualité des amérindiens de Guyane en publiant en première page, un article de Brigitte Wyngaarde :
Les oubliés de la république
L’annonce du suicide, le 8 janvier dernier, d’un amérindien dans une cellule de la gendarmerie de Camopi a déclenché quelques remous au sein des médias, dans le monde des décideurs et des politiques. Ce drame de la garde à vue a rappelé à tous que les amérindiens se suicident facilement, en Guyane française. Fallait-il attendre 2011 pour s’en émouvoir ? L’alarme avait pourtant déjà sonné en 2004, sans effet d’ailleurs, tant les réactions avaient été faibles. A cette époque, les jeunes gens du haut-Maroni se pendaient les uns après les autres.
Le suicide de Camopi a-t-il créé une prise de conscience de leur détresse ? Quelques vérités sont dites par certains aujourd’hui, qu’on aurait aimé entendre plus tôt : les amérindiens de la Guyane ont été oubliés dans leurs forêts. On a méprisé leur culture. On les a tenus à l’écart des échanges et du progrès. On les a subordonnés, précarisés, infantilisés. On a livré leurs espaces de vie aux orpailleurs du Brésil ou du Surinam. On les a empoisonnés. Il n’y a pas lieu de s’étonner que ceux qui doivent mendier à la République l’eau potable, l’électricité et le téléphone, comme tant d’autres services publics soient accablés et désemparés. Les causes étant connues, il faut s’entendre sur le remède.
L’ambition de nos élus, c’est de faire des amérindiens « des guyanais comme les autres », par assimilation. Le moyen est simpliste : il s’agit de désenclaver les territoires où vivent les communautés, et sans doute, de laisser faire le commerce. Le destin des amérindiens serait ainsi abandonné aux technocrates. Tôt ou tard en effet, par l’Ouest et par l’Est, les routes de bitume parviendront aux portes du Parc national, l’ex-pays indien, apportant avec elles le meilleur et le pire.
Au contraire, le salut passe par la prise en compte du véritable enjeu : non pas désenclaver un territoire, mais aider des peuples à s’émanciper, à retrouver la maîtrise de leur avenir et à s’ouvrir aux autres. Car malgré le mépris et la domination qu’ils subissent, les Wayana, les Emerillon et les Wayampi sont encore des peuples aujourd’hui.
Brigitte Wyngaarde, Village Balaté, Guyane Française.