La langue Pahikweneh enfin au collège de Macouria-tonate
C'est avec beaucoup de retard que nous traitons ce sujet qui pourtant est d'une importance cruciale pour l'avenir de la jeunesse amérindienne : l'apprentissage d'une langue amérindienne de Guyane dans un collège.

Cette belle histoire se passe au collège Just Hyasine de la commune de Macouria-tonate où réside une grande communauté Palikur. Sous l'impulsion de plusieurs enseignants et des chefs coutumiers, une jeune femme, Madame Mariana Batista, a pu commencer à dispenser des cours de Parikwaki aux collégiens de la commune.

Interview de Md Mariana Batista (par Oka.Mag')
1. Quelles ont été vos motivations pour accepter ce projet « enseignement du parikwaki » au sein du collège de Macouria ?
Madame Mariana BATISTA :- Je donne des cours de parikwaki afin de faire partager la langue et la culture palikur auprès des enfants qui ne les connaissent pas forcément très bien. Et puis, la motivation s’entretient : nous avons un projet de faire une petite revue avec des enseignants de français et de portugais et aussi en collaboration avec Madame Mickaëlle MICHEL, professeur de parikwaki à Saint-Georges, afin de tisser des relations entre élèves de Macouria, de Saint-Georges et de l’Amapa au Brésil.
2. Dans le passé, avez-vous déjà eu une expérience dans l’enseignement de votre langue maternelle ? Et dans le domaine culturel ?
M.B : -Je n’ai pas eu d’expérience dans ces domaines. Je souhaitais être secrétaire. Monsieur NACIS, le chef coutumier du village Roland Norino qui, sollicité par des enseignants du collège Just Hyasine de Macouria, m’a proposé, compte tenu de ma connaissance de la langue et de la culture palikur. Monsieur Alexandre Batista, chef coutumier du village Kamuyune, lui aussi pressenti, a agrée ce choix.
3. Quelles ont été vos impressions lors du premier cours, du premier contact avec vos élèves ?
M.B : -Je connaissais tout les enfants, aussi j’ai été à l’aise avec eux. Il faut dire que j’avais suivi un stage de préparation à l’enseignement d’une semaine au collège avec Mme MICHEL, une collègue qui enseigne le parikwaki à Saint-Georges. Je connaissais bien les lieux, donc.
4. Dans votre démarche, que pensez-vous apporter aux jeunes collégiens et plus spécifiquement les jeunes parikwaki ?
M.B : -Je souhaite leur apporter plus de confiance dans la poursuite de leurs études. Je souhaite qu’ils puissent mieux communiquer en parikwaki, ils ne peuvent qu’en bénéficier pour l’acquisition des autres langues.
5. En plus de l’oralité en parikwaki,
maîtrisez-vous son application à l’écrit ?
M.B : -Je mets par écrit des comtes palikur pour les élèves. Leur écriture ne pose pas beaucoup de problème. Il faut faire attention avec la confusion du « r » et du « h », et séparer justement les mots. La prononciation se fait en fonction du brésilien.
6. Pensez-vous que l’enseignement du parikwaki
doit devenir une discipline pérenne
aux yeux de l’Education Nationale en Guyane ?
M.B : -Naturellement, c’est une langue qui est belle, mais en difficulté. Il faut la faire vivre. C’est la richesse de nos enfants. Il faut la partager. La Guyane se doit de mettre en valeur la richesse de ses cultures.
Madame BATISTA enseigne deux jours au collège Maud Nadiré en maternelle sur l’ensemble des niveaux, et deux jours au collège Just Hyasine (tous niveaux). Elle participe à l’élaboration d’une revue en trilingue et où elle traduit en collaboration avec un professeur de français des contes palikur.
Mrs. HELIAS et ANGRAND, professeurs de français, créent un module d’échange amérindien d’une heure par semaine au collège Just Hyasine, en 2008. Ils collectent auprès des élèves des données sur la culture palikur, ce qui sera à l’origine d’une exposition dans le hall du collège début 2010. En partenariat avec les chefs coutumiers, ils obtiennent un professeur de palikur en 2009 au collège. M. ANGRAND utilise des éléments de la culture palikur afin de mettre en écriture ses élèves en français. Ces exercices sont à l’origine de 5 livrets distribués et lus dans ses classes.

Dans le même registre et dans le cadre de la semaine de la presse, l'équipe de la rédaction d'Oka.Mag' s'est penchée (sur la demande de monsieur Jean-Charles Angrand du collège Just Hyasine de Macouria) sur une réflexion concernant la place de la culture amérindienne au sein de l'Education Nationale. Nous avons répondus à un questionnaire et par la suite, un petit livret à été publié par ce collège.
"Institution scolaire à la Française
et cultures amérindiennes" par Oka.Mag' (pdf 64 ko)