Oka.Mag'

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Le bimestriel des actualités Amérindiennes de Guyane Française
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Paranam s'en est allé ...

Paranam s’en est allé ... Une grande figure Wayana nous a quitté, discrètement, mais en laissant dans le cœur d’un grand nombre de personnes, un sentiment de vide ... 

Il a eu un destin étonnant : Au début des années 1950, Mme Dominique Darbois, célèbre photographe (collection Les enfants du monde) et Francis Mazière, non moins célèbre voyageur amazonien, ont réalisé un livre intitulé ‘Parana le petit indien’ rapportant le quotidien de Paranam, petit Wayana alors âgé de 4 ans dans le village de Yanamalé (du nom de son papa) situé à l’embranchement de l’Oulémali (Surinam) et du Litani (village disparu depuis longtemps).
Paranam a ensuite grandi parmi les siens puis a eu une brève carrière de policier surinamais.
L’essentiel de sa vie s’est déroulé ensuite dans le village de Taluhwen (anciennement Opoya) où il a fondé sa famille avec Malilou sa femme, Aïmawalé, Acama, Linia et Etume ses enfants.
Il était connu de ses pairs comme un chasseur et un pêcheur émérite, un homme attaché à des valeurs et respectueux de sa culture et de la forêt (il était désespéré de voir la destruction de son environnement par les orpailleurs). Il avait obtenu le respect de tous, tant Amérindiens que Noirs-Marrons.
En 2005, un cinéaste Suisse (Daniel Schweizer), a eu l’idée de reprendre le livre ‘Parana le petit indien’ pour retracer le parcours de Paranam et de mettre en lumière la souffrance du peuple Wayana face à une occidentalisation ethnocide. Ainsi est né en 2008 le film ‘Dirty Paradise’ (1er prix du Festival du film et Forum international sur les Droits Humains au mois de mars dernier) dont la sortie en salle est prévue en mai prochain.
Paranam, Malilou et Etume sont allés en Suisse mi-mars dernier pour la 1ère du film à Genève. Paranam a ainsi pu réaliser un de ses rêves : voir Paris, retrouver la photographe de son enfance et voir la neige.
Mes pensées vont à Malilou et ses enfants. Je sais que ses enfants seront dignes de leur père comme il l’a été de Yanamalé. Ils sauront porter les valeurs du peuple Wayana car ils sont déjà de grands acteurs du maintien des traditions et du savoir faire Wayana.  Adieu mon ami, le fleuve ne sera plus jamais le même lorsque qu’un autre piroguier me conduira d’un village à l’autre.

Oka de Jean-Pierre Havard, Président de l'association Solidarité-Guyane

P.S.: Il est décédé à l'hôpital de Cayenne et le rapatriement de son corps parmi les siens a nécessité de mettre en place une collecte de fonds tant le prix du transfert est exorbitant (plus de 5000 €).