Oka.Mag'

Bienvenue chez nous, en terre Amérindienne

Le bimestriel des actualités Amérindiennes de Guyane Française
Kali'na ayupagakose, kino'an Nono tulalema. Oko nuno wa'lalo Oka.Mag' malo

Paludisme, faut-il interdire le kalimbé ?

Voici ce que nous a réservé la première page de notre quotidien local du mardi 29 décembre (photo de gauche). La stigmatisation régulière de notre communauté commence à nous énerver sérieusement. On ne fait de gros titres sur nous que lorsque on est à la limite du ridicule, comme avec ce titre ou la dernière fois, avec la société "Coyotte Production" qui recherchait un chef coutumier célibataire ou polygame, ou encore avec les déboires de Joseph Channel ! Mais dès qu'il s'agit d'aborder un sujet sensible et sérieux, il n'y a plus personne ...
Pourquoi, au cours de ces derniers mois, n'avez vous donc pas fait de premières pages avec par exemple, les pourparler autochtones au Guyana pour lutter contre le réchauffement climatique, ou avec le congrès de la COICA au Pérou où avait eu lieu un sanglant soulèvement amérindien récent (et pourtant des représentants amérindiens de Guyane y étaient), ou encore avec la deuxième rencontre tranfrontalière des Peuples Amérindiens qui elle, a eut lieu en Guyane, à Saint-georges de l'Oyapock ou encore avec un beau compte rendu et de belles photos de l'évenement sportif de fin d'année que sont les Jeux Kali'na d'Awala-Yalimapo. Pour ces deux derniers événements Guyanais majeurs, nous n'avons eu droit qu'à un minuscule entre-filet de quelques centimétres carrés perdu au fin fond du quotidien mais bientôt France-Guyane sera couvert de photos ridicules de carnaval et ceci pendant presque 2 mois. Qui en Guyane, relaye sérieusement nos problèmes et notre culture tout en la respectant ? Un seul média le fait sérieusement, il s'agit d'Oka.Mag'. Les autres n'ont pas la volonté ni l'envie de le faire correctement. Au contraire tout est fait pour nous faire honte aux yeux du reste de la population Guyanaise. Tout est fait pour que nous abondonnions nos traditions pour que nous nous fondions dans le moule Guyanais, ainsi nous n'aurons plus de spécificité à révendiquer !

Il y a bien, 2 poids, 2 mesures, en Guyane concernant le traitement de l'actualité. La population amérindienne est systématiquement stigmatisée et ridiculisée. A l'approche du vote décisif concernant l'évolution statutaire du 10 janvier prochain, imaginez ce qu'il adviendra de nous lorsque les médias principaux, majoritairement aux mains des créoles, auront encore plus de pouvoir...

Pour en revenir à l'article en question et l'étude menée par le professeur Bernard Carme, nous dirons que c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose. En résumé (et cela ne valait pas une première page), les moustiques ont plus de place pour piquer lorsque qu'une personne est en kalimbé (pagne). Cela est l'évidence même. Et même lorsque vous aurez réussi à ce que nous ayons honte de porter notre kalimbé, les moustiques continuerons à nous piquer car un short en remplacement du kalimbé laissera toujours beaucoup de place aux piqures. Et même avec un tee shirt ! il y aura encore les bras à l'air libre. Alors faut-il alors nous tranformer en robot équipé de vêtements hermétiques ? Par 35° à l'ombre et en pleine forêt vierge ?

Et pourquoi ne parle t-on pas de l'orpaillage qui dans nos lieux de vie, engendre une recrudescence incroyable de toutes ces maladies directement liées aux moustiques (paludisme, dengue, fièvre jaune ...). Les orpailleurs font des trous immenses en forêt qui par temps de pluies deviennent de formidable nids à moustiques. Pas un mot des autorités sanitaires, pas un mot des autorités tout court sur ce sujet là. Et pourtant il est bien plus important que le port ou non du kalimbé.
Une précision importante, le kalimbé n'est pas la tenue traditionnelle des Amérindiens d'Amazonie et de Guyane. Avant l'arrivée des Européens, nous allions nus ou avec juste un minuscule cache sexe pour les adultes et le paludisme ne nous avait pas exterminés pour autant. Ce bout de tissu rouge est l'héritage des premier prêtres qui luttaient contre la nudité des corps en les offrants à ceux qui se convertissaient au christiannisme. Nous ne savons pas d'où vient le terme "kalimbé". Nous Kali'na, nous appellons le pagne, "kamisa", mot directement emprunté à la langue espagnole et désignant un tissu. Rendant à César ce qui appartient à césar. (Photo d'un jeune Wayãpi de Camopi : quoi de plus beau qu'un enfant habillé de la sorte. il est bien dommage que nous, kali'na, ayant déjà abondonnés tous cela, nos enfants ne ressemblent plus à grand chose habillés à l'européenne)

Oka de Kulana'u