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Solidarité pour les enfants de Cayodé

Regardez bien cette photo, envoyée lors des voeux pour l'année 2009 par l'association Solidarité-Guyane. Ces deux enfants "de la République" n'ont toujours pas d'école à cause des dégats collatéraux de l'orpaillage clandestin car les enseignants ont peur ...

Pour l'instant depuis la mise en ligne de notre message, seule une personne a eu la décence et le courage de répondre au problème de l'éducation au village amérindien Cayodé. Il s'agit de Monsieur Michel Launey, linguiste, qui en appelle à l'égalité et à l'équité car il ne peut rester sans réaction face à cette désastreuse situation. Mais où sont les autres ? Mais laissons le s'exprimer:
« Admettons que les grèves au rectorat aient désorganisé l’affectation des postes. Admettons que la vie à Cayodé soit un peu difficile pour un enseignant extérieur, bien que jusqu’ici on ait toujours trouvé des volontaires, dont certains y ont été très heureux. Et espérons que le poste soit rapidement pourvu.

« Mais depuis dix ans, les élèves de Cayodé recevaient non seulement l’enseignement d’un instituteur ou professeur des écoles, mais aussi celui d’un ILM (Intervenant en Langue Maternelle, originellement appelé Médiateur Bilingue), qui a été brutalement renvoyé à la rentrée 2009, non pour faute professionnelle, mais au simple motif qu’il accumulait trop de CDD.

« Huit autres ILM sont dans ce cas. Ils assuraient depuis six à onze ans une mission essentielle dans une situation où l’écart linguistique et culturel est maximal entre le vécu des enfants et les programmes de l’école. En aidant les enfants des petites classes à structurer le langage à travers la première expérience qu’ils en font – leur langue maternelle – , et à retrouver dans l’école les références qui leur sont familières, ils construisent un pont entre le monde des enfants et le monde extérieur, ils contribuent à la construction d’un bilinguisme équilibré, et favorisent la réussite scolaire. Des dispositifs analogues existent dans plusieurs pays étrangers, et même dans le cadre français, dans les territoires du Pacifique.
Il reste encore une vingtaine d’ILM en fonction, mais selon la logique en vigueur depuis cette année, ils devraient être renvoyés dans un ou deux ans.

« Or les ILM ont reçu une formation linguistique et pédagogique, et ont une expérience professionnelle irremplaçable, à laquelle ne peut se substituer aucun novice même de bonne volonté. Les stages qu’ils ont suivis depuis 1998, à raison de deux à six semaines par an, ont coûté cher en transports sur Cayenne, hébergement, etc. : en tout plusieurs dizaines de milliers d’euros, sans compter le temps des formateurs. Si l’expérience ILM est maintenue, cet argent constitue un investissement intelligent et fructueux pour le développement de la Guyane. Sinon, c’est un gaspillage incohérent de l’argent public. Il importe donc que tout soit fait pour que les ILM exclus du dispositif y soient réintégrés dans des délais très brefs.

« Et dans le cas particulier de Cayodé, on sait à quelle désespérance peuvent être poussées les populations du haut Maroni par le sentiment d’être abandonnées de la collectivité nationale, sans accès aux services essentiels et aux aspects positifs de la modernité. L’école en fait partie, non seulement grâce aux enseignants en titre, mais aussi grâce aux ILM.
C’est une question d’égalité et d’équité.»

Michel Launey, Directeur de recherches honoraire à l’IRD de Guyane, ayant participé à la formation initiale (IUFM) et continue (DAFOR) des enseignants, ainsi qu’à celle des ILM.