Oka.Mag'

Bienvenue chez nous, en terre Amérindienne

Le bimestriel des actualités Amérindiennes de Guyane Française
Kali'na ayupagakose, kino'an Nono tulalema. Oko nuno wa'lalo Oka.Mag' malo

Et si l'on revenait à nos... tortues...

Il aura fallu  l'arrestation d'un père de famille Kali'na (en possession de quelques oeufs) au beau début du 9ème collogue sur la conservation des tortues marines pour que, enfin, l'on débatte de ce probléme situé "entre législation et tradition".
Cela fait des siècles, que nous Kali'na, consommons des oeufs de tortues marines prélevés lors de la grande saison des pontes (février à juin) et ni la ressource, ni la survie de ces tortues n'ont jamais été menacée...puis...les européens sont arrivés...et là en seulement quelques décennies, les lamentins de tous les embouchures des fleuves de Guyane ont été exterminés pour le commerce et pour nourrir les matelots. (tous comme aux Antilles, d'ou le nom de la commune du Lamentin en Martinique). Puis ce fût l'épopée du bagne ou il fallait nourrir à moindre frais, des milliers de bagnards. L'administration pénitencière elle même venait massacrer les tortues marines dans la région d'Awala et en face, au Surinam, pour les acheminer vers Saint-Laurent du Maroni (il existe des photos anciennes ou l'on voit des dizaines et des dizaines de tortues gisants alignées sur les débarcadères). Et nous, nous regardions notre ressource partir sans rien dire...Il y a aussi, depuis déjà plusieurs années, le problème des chalutiers  Surinamais et Guyaniens qui pêchent avec des kilométres de filets dérivants juste au large de l'embouchure du Maroni et jusqu'à Organabo, ce qui ne laisse que peu de chance aux tortues marines adultes qui s'approchent des côtes pour justement pondre leurs oeufs. Là, ou sont les autorités ? la marine ? les douanes ? pour accomplir le travail régalien de l'Etat. C'est sur qu'il est plus facile d'arrêter quelques Kali'na sur la plage !

A notre époque, on nous impose un Parc Naturel sur nos terres, sur nos lieux de vie, on nous impose une législation Française qui ne tiens pas compte de la réalité du terrain. Ces aires protégées violent les droits économiques, sociaux et culturels des Amérindiens. C'est également ce qui se passe au sein du Parc Amazonien ou les us et coutumes des Wayana, des Teko et des Wayãpi sont à peine tolérés! Il est inconcevable que l'on nous impose une législation étrangère chez nous, il est inconcevable que l'on nous disent ce que l'on peut chasser et pêcher, il est inconcevable que l'on nous disent ce qu'il faut manger ou boire. Encore une fois, la France, qui ne se plie pas aux conventions internationales (notamment la convention interaméricaine), ose nous donner des leçons d'écologie !

La Guyane est un territoire ancestral Amérindien
L'estuaire du Maroni est un territoire ancestral Kali'na